![]() Guinée : les syndicats font céder le président Conté
Grève suspendue après la promesse de nommer un «super»-Premier ministre.
Par Thomas HOFNUNG
QUOTIDIEN : lundi 29 janvier 2007
Il aura fallu dix-huit jours de grève générale, 59 morts, selon
le bilan officiel de la répression, et le risque d'une nouvelle
explosion de violence pour faire fléchir le régime du président de
la Guinée, Lansana Conté. Dans la nuit de vendredi à samedi, alors
que les syndicats menaçaient d'appeler à une journée de
manifestations aujourd'hui, le pouvoir a accepté la nomination d'un
Premier ministre
«chef du gouvernement». Une précision qui n'est pas purement
rhétorique : jusqu'à présent, aucun Premier ministre n'a eu la
moindre parcelle de pouvoir face à un clan présidentiel omnipotent
à Conakry.
Vigilants. Prudents, les syndicalistes ont toutefois
annoncé une simple
«suspension» de leur mouvement. Ils attendent notamment
d'être fixés sur le nom de ce futur «super»-Premier ministre et sur
l'étendue de ses prérogatives, qui doivent être fixées par décret
présidentiel. Dans la capitale guinéenne, les opposants au régime
se disent également vigilants et certains jeunes, très remontés,
n'excluent pas de descendre aujourd'hui dans les rues de
Conakry.
La nature du régime n'incite guère à l'optimisme. Au pouvoir
depuis 1984, Lansana Conté, un militaire formé dans l'armée
coloniale française, est gravement malade depuis des années. Mais,
selon l'analyste de l'International Crisis Group Gilles Yabi, il
tient encore les rênes du pouvoir. Son état de santé défaillant,
conjugué à la nouvelle donne politique, va exacerber les luttes de
clans à Conakry. Ceux qui autour de lui, notamment au sein de
l'armée, se sont octroyé de juteuses rentes de situation ont
intérêt à ce que rien ne change.
«C'est un accord qui ne vaudra que par son application ; pour le
moment, ce n'est qu'une promesse», a déclaré à l'AFP l'opposant
Sidya Touré. Premier ministre de 1996 à 1999, il était parvenu à
redresser les finances du pays, jusqu'à ce qu'il soit limogé en
raison de sa popularité croissante auprès de la population. En
2004, l'un de ses successeurs, François Fall, a attendu d'être à
Paris pour annoncer sa démission, tel un transfuge des pays de
l'Est à l'époque de la guerre froide. Depuis avril 2006, la Guinée
n'a d'ailleurs plus de Premier ministre.
Agonie. Avec ce «super»-chef de gouvernement et
plusieurs mesures sociales contenues dans l'accord, les syndicats
souhaitent mettre un terme à la mauvaise gouvernance et sortir
enfin de la crise économique et sociale. Frontalière du Liberia, de
la Sierra Leone et de la Côte-d'Ivoire, la Guinée est un «scandale
géologique» en Afrique de l'Ouest. Le sous-sol du pays est riche en
bauxite (un tiers des réserves mondiales) et en diamants. Mais
depuis son indépendance, acquise dès 1958 lorsque Sékou Touré a
refusé d'entrer dans l'Union française de De Gaulle, la Guinée n'a
jamais réussi son décollage économique. Bien au contraire, c'est
aujourd'hui un pays à l'agonie, où les coupures d'eau et
d'électricité sont la règle.
(avec AFP)
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